QUELLE REPUBLIQUE POUR LA GENERATION FUTURE ?



Depuis l'avènement au pouvoir du Général François Bozizé, beaucoup d'écrits ont foisonné sur les différents sites de discussions des centrafricains. Le tout va dans le sens d'une mobilisation de tous les centrafricains pour la reconstruction du pays. Quoi de plus normal que cette mobilisation soit effective…Et avec beaucoup de nuances possibles, on peut dire que les centrafricains ont essayé de se ressaisir pour mettre en chantier la reconstruction du pays. Chacun est en droit de mesurer la ferveur, l'engouement des centrafricains de tout bord aux lendemains de la prise de pouvoir du Général Bozizé et ce qu'il en est actuellement. Ils ont vite déchanté. Pourquoi une telle chute de cette ferveur ? Pourquoi une lassitude de la part des acteurs dignes de foi ?
Pour répondre à ces différentes interrogations, il est important que nous soyons objectifs sans éluder des remises en question cruciales afin de pallier à ces nombreuses irrégularités qui se succèdent de régimes en régimes et qui plongent le pays dans la pénombre de la misère. Pour ma part, le problème centrafricain est et demeure l'impunité qui continue son chemin à travers les régimes successifs jusqu'à de nos jours.
Des nombreux détournements de deniers publics, des assassinats gratuits ou politiques en passant par des folies de grandeurs divers, la Centrafrique depuis les indépendances ne cessent de subir et de flirter avec l'impunité exacerbée par un tribalisme criant induisant de facto la médiocrité que bon nombre de gouvernements s'y ont illustré. De l'Empereur Bokassa, en passant par le Général Kolingba, le Moïse centrafricain Ange Félix Patassé pour en arriver au Général pasteur François Bozizé, aucun pouvoir n'a décidé de pallier à ce problème récurrent de la Centrafrique. Par exemple sur le plan économique, en parlant des luttes contre les fraudes massives dans tous les domaines, rien n'a pu être fait d'une manière effective. Des différentes opérations “ Cobra “ pour arriver à la dernière opération initiée par le nouveau premier ministre sous les injonctions des institutions de Bretton Woods, aucune mesure efficace n'est prise pour sanctionner les fossoyeurs de ce pays.
Certes, il y a des observateurs qui ne manqueront pas de faire allusion aux différentes sanctions prises par le Premier Ministre actuel. Je ne prétends pas récuser ces différentes actions menées courageusement par le nouveau locataire de la primature, mais s'il faut lui donner une appréciation, je n'hésiterai pas de mettre la motion : Peut mieux faire. Cette motion traduit un travail inachevé ou bâclé. Dans le cas du Premier Ministre, ce n'est point un travail bâclé mais la dure réalité de la Centrafrique où toute initiative même salutaire soit-elle est sujet à des compromis, des demi mesures sans originalité. Comment peut-on oser suspendre un ministre pour une durée de 3 mois avec traduction devant le conseil de discipline ? En supposant que ces ministres soient blanchis par des arrangements grotesques, comment pourront-ils faire acte d'autorité à l'égard de leurs subalternes et collaborateurs qui eux sont intègres ? Dans un pays où les règles les plus élémentaires de la bonne gouvernance sont respectées, ces ministres devraient démissionner purement et simplement. Je demeure convaincu que cette sanction en tant que telle ne vient pas directement du Premier Ministre, cela a du lui être imposée. Peut-on parler encore de deux poids deux mesures dans ce pays, quand parmi les ministres pris en flagrant délit de fraude sur leurs différents salaires, il y a le ministre neveu du chef de l'Etat, et, qui curieusement échappe – sans étonnement de ma part – à toutes sanctions. Les raisons de son innocence falsifiée ne sont pas à chercher ailleurs que dans l'impunité qui a toujours été érigée en système de gouvernance. Je sais que des personnes, des compatriotes, trouvent déjà suffisant ce qu'a débuté le Premier Ministre, et que pour ne pas mécontenter la population, il est souhaitable de freiner l'élan de celui-ci. Ces prétextes grossièrement montées existent que dans l'imaginaire des ennemis de la Centrafrique, ceux qui veulent que le pays reste dans le nimbe de l'anonymat et de la médiocrité. La RCA ne mérite pas que des miettes. Il est hors de question que nous nous contentons des mesures inachevées, des “ à peu près “. Quand on commence une action, celle-ci est efficace que lorsqu'elle est pleinement accomplie, et dans le cas des contrôles des fonctionnaires rien n'est encore fait et rien ne sera fait tant que le chef du gouvernement n'adopte une politique “jusqu'au boutiste“ . En tout cas, ce contrôle est une perche tendue miraculeusement à ce pays pour briser le verrou des complicités et des complaisances dont bénéficient les ténors des différents régimes ayant succédés aux commandes de ce pays jusqu'à de nos jours. Et pour l'heure, les choses semblent mal parties avec les différentes gesticulations émanant des tous les partis politiques sans exception.
Le pays doit-il continuer sa route dans cette voie qui l'a toujours mené loin des sentiers d'un développement quelconque ? La réponse est positive pour l'heure. Ce scepticisme est fondé sur le déroulement de la vie politique du pays. Après la prise de pouvoir du Général Bozizé, toute la classe politique centrafricaine s'est accordée pour trouver les voies et moyens pour une sortie de crise, et ce faisant, elle n'a pas trouvé mieux de reprendre l'initiative du président déchu Ange Félix Patassé pour un Dialogue National. A l'issue de ce Dialogue, le peuple, le vrai, est plus que déçu. Je ne récuse aucunement tout le travail consciencieux qui a été accouché dans un esprit patriotique lors du fameux Dialogue National. Le constat amer est la banalisation du mal qui a régi ce Dialogue. Pour preuve, concernant le volet politico-social, aucun travail réel n'est fait pour lever un pan de voiles sur les nombreuses malversations financières dont le pays est victime et qui met le peuple, le paysan, dans une position inconfortable et qui a occasionné tous les malheurs vécus aujourd'hui par les plus démunis. Cette amertume est causée par un pardon de circonstance que d'aucun n'y croit réellement et que tout un chacun en parle quand cela arrange ses affaires. Avant de parler de pardon, il faut qu'il ait une reconnaissance, un mea culpa de la part des auteurs des détournements, des assassinats, etc. Qu'on s'inspire du modèle sud-africain de la commission “ Vérités et Réconciliations “. En prenant exemple sur ce modèle, le peuple centrafricain aurait eu l'opportunité de connaître tous les fossoyeurs de ce pays qui pillent impunément les richesses de ce pays, qui détournent les nombreuses aides dont le pays en avaient bénéficié et qui continuent de rôder autour des différents régimes se succédant dans ce pays. C'était une occasion pour élucider les nombreux crimes restés impunis ; pour mettre un nom sur les responsables des différents soulèvements militaires et les exactions qui s'en sont suivis ; également des différentes interventions militaires étrangères dans le pays et qui a occasionné des nombreuses atrocités.

Mais de cela rien n'a été fait. Il faut tout occulter pour parler d'un pardon qui arrange pratiquement tout le sérail politique à l'exception des plus démunis. Qui a demandé pardon à qui ? Goumba et Dacko ? Cela ne suffit pas car ce pardon symbolique n'a aucune valeur sur la destinée du pays et encore que les centrafricains ignorent totalement l'objet de leur discorde et les implications sur le cours de l'histoire de ce pays. En revenant au problème du pardon à l'issue du Dialogue National, chacun a droit de se demander qui est le fautif et qui est la victime ? La victime est toute désignée, c'est le peuple centrafricain. Ce sont ces nombreuses filles brutalisées, violées, contaminées du virus de Sida par les soudards du congolais Jean-Pierre Mbemba ; ce sont ces nombreuses mères de famille respectables qui ont été bafouées dans leur honneur, dans leur dignité de femme devant leurs enfants ; ce sont ces fonctionnaires perdant du jour au lendemain leurs maisons construites après des années de travail loyal vis-à-vis de la République ; ce sont les différents parents ayant perdu des membres de leur famille dans des atrocités sans précédent en Centrafrique. Des corps mutilés, des campagnes de tueries avoisinant un génocide. Et la liste des choses endurées par le peuple centrafricain s'allonge interminablement. Ces différentes victimes sont connues, délaissées, traînant les unes et les autres dans leur sillage que désolation, misère voire haine. En ne demandant aucun compte à toutes ces personnes, ces partis politiques responsables des divers maux vécus injustement par le peuple, ces individus ne peuvent que recommencer à la moindre occasion car pour qu'une personne se rende compte de son erreur rien ne vaut plus que de lui demander des comptes. Si jamais aujourd'hui, les partis politiques responsables de la misère du centrafricain depuis deux décennies déjà reviennent aux commandes, ils n'hésiteront pas de refaire les mêmes choses et voire pire. Et cela pour la simple raison qu'ils n'ont jamais été inquiétés, ni hier, ni aujourd'hui et l'avenir ne sera que la continuité du passé, alors que les victimes sont perdues abandonnées à elles-mêmes.

Mercredi 04 Janvier 2006
un lecteur anonyme
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