L'ADMINISTRATION CENTRAFRICAINE EST BIEN MALADE

 

La RCA qui fait partie des pays les plus pauvres au monde connaît de nombreux difficultés qui empêchent son décollage économique : enclavement, manque de capitaux, mauvaise gestion de la chose publique, insécurité etc. Son administration est confrontée aux problèmes de corruption, de clientélisme et de népotisme qui troublent le bon fonctionnement des recettes publiques, discrédite l'autorité de l'Etat et accroît la pauvreté. Ces obstacles qui freinent les efforts de développement économique et social du pays s'étendent à tous les services de l'Etat.

Ainsi, à la Direction des Examens et Concours, les demandes d'attestation de succès sont traitées selon l'humeur et les relations des agents qui en sont chargés. Certains bacheliers qui ont déposé leurs dossiers depuis un mois continuent de faire des va-et-vient entre leur domicile et ce service alors que d'autres, en moins d'une semaine, ont pu obtenir ce qu'ils désiraient ! Il en est de même pour le traitement des demandes de certificats de nationalité qui est plus ou moins rapide selon qu'on donne de l'argent pour accélérer la procédure ou pas.
La direction générale des Bourses, au lieu d'octroyer celles-ci aux plus méritants, préfèrent ceux qui sont sponsorisés ou les fils des hautes personnalités voire même en tenant compte des clivages ethniques ou de l'appartenance régionale des candidats; c'est ainsi que certains bousiers centrafricains à l'étranger font piètre figure, ternissant par le fait même l'image de la RCA. En principe, la bourse devrait revenir de préférence aux meilleurs et aux plus pauvres car les riches peuvent payer les études à leurs enfants.

On a vu le cas cette année, certains élèves choisis sur des bases non objectives sont débarqués dans des pays africains (Mali par exemple) où on leur demande en partant d'aller choisir leur filière là-bas sur place.
La délivrance des passeports connaît les mêmes difficultés ; les demandeurs qui veulent bien être parmi les 25 élus de mardi ou mercredi doivent graisser les pattes aux agents postés à la guérite du camp de Roux pour qu'ils leur réservent une bonne place, autrement dit, quelle que soit l'heure de leur arrivée, ils ne pourront pas occuper un bon rang et donc ne seront pas reçus. D'ailleurs, le traitement des dossiers de ceux qui ont franchi cette première étape est fonction des relations ou du poids du portefeuille.

Les agents chargés de régler la circulation ou ceux qui ont pour mission de contrôler les pièces afférentes des véhicules sont aveugles devant l'essentiel, c'est- à- dire leur raison d'être à ce poste mais ils sont très regardants quant aux espèces sonnantes et trébuchantes des routiers. Ils peuvent par exemple laisser passer un chauffeur coupable d'infraction à condition qu'il mette la main à la poche. Dans le même ordre d'idée les nombreuses barrières érigées sur les axes menant vers les provinces permettent aux différents hommes en tenue (militaires gendarmes, policiers, agents des eaux et forêts..) de racketter, non seulement les conducteurs des véhicules, mais également les passagers, surtout les musulmans.

Dans les hôpitaux, les secrétaires qui introduisent les patients dans les cabinets des médecins ne tiennent pas toujours compte de l'ordre d'arrivée des malades. Ceux qui sont capables de glisser quelques pièces ou billets de banque à celles-ci sont vite reçus.

Les détenteurs de titre (BC,OP...) qui veulent se faire payer au trésor ou dans une agence spéciale doivent proposer quelque chose au caissier. Plus élevé est le montant de cette proposition plus vite ils sont servis.
A la Justice, c'est tout une autre pratique que celle défendue par les justiciers. Pour espérer que son dossier soit vite traiter, il faut soudoyer les garçons de salle, les greffiers. Tout comme si on veut gagner un procès, il faire un arrangement avec le juge qui doit s'occuper de trancher le problème. Tout de même, il faut mettre la main à la poche pour prétendre à la copie du jugement. Sinon, il faut amener disquettes, papiers, stencils, payer des frais exorbitants.

De manière générale, dans tous les départements ministériels, il faut qu'un fonctionnaire suive son dossier, dépose un caillou dessus en d'autres termes il lui faut débrousser de l'argent pour être sur que ce dossiers sera vite et bien traité ; si non il est classé dans la paperasse pendant des mois, voire des années ou porté disparu. Il arrive qu'on demande au fonctionnaire de fournir une rame de papier pour se faire confectionner un arrêté de 2 ou 3 pages ! Est-ce qu'il revient aux usagers de doter les bureaux en fournitures ?
Ces quelques exemples montrent le dysfonctionnement de l'administration publique centrafricaine. Tout s'obtient grâce à l'argent ou aux relations. Les pauvres sont donc disqualifiés.

Pour limiter cet esprit mercantile, un sursaut s'avère nécessaire à tous les niveaux. L'exemple venant d'en haut, les pouvoirs publics devraient adopter un comportement objectif rationnel ; il est souhaitable que les nominations à des postes de responsabilité se fassent sur les seuls critères de compétence et de probité intellectuelle et non sur la base de l'appartenance politique ou régionale. Les ministres et autres, directeurs généraux devraient donner et veiller à ce qu'il soit respecté à travers des contrôles. Chaque responsable à son niveau devrait appliquer et faire appliquer cette directrice.

Naturellement, les cadres et agents coupables de ces comportements ne devraient plus vendre leurs prestations qui sont mensuellement rémunérées. Mais au cas où ils persisteraient dans cette voie, les sanctions devraient tomber pour les dissuader.

Plutôt que de se taire face à ces mauvaises pratiques, les usagers et autres bénéficiaires des ces services devraient les dénoncer de vive voix, dans les journaux, à la radio afin de décourager ceux qui s'y adonnent. L'antenne de la lutte contre la corruption en Afrique Centrale (OLCAC) en RCA qui vient d'être mise en place a du pain sur la planche, elle devra passer des paroles aux actes pour moraliser l'Administration Centrafricaine pourrie et en déphasage avec la mondialisation. Une administration gangrenée par la lourdeur, le laxisme, l'incompétence, le clientélisme, le népotisme, la corruption...

Vendredi 20 Octobre 2006

Maurice SAYO

 

Source :

http://www.leconfident.net